Question aux responsables de la FCCI
Dans les Nouvelles Calédoniennes du 21/11/2008 , le rapporteur vous fait dire que l’IKS des luttes d’il y a vingt cinq ans est un concept dépassé et que vous êtes aujourd’hui partisans d’un nationalisme qui rassemble et fait sa place aux autres. Cela veut-il dire que vous auriez changé votre fusil d’épaules ?
Réponse
Le terme « avoir changé son fusil d’épaule » peut être interprété de différentes manières et notre réponse se doit d’être explicative. Car les trois mots « indépendance », « kanak » et « socialiste » ont une signification profonde que beaucoup ne veulent pas voir ou entendre … Mais aussi parce que ces mots peuvent devenir porteurs d’attitudes ou de comportements racistes. Ces mots font peur …
a/ L’indépendance
Des trois mots, c’est peut-être celui « d’indépendance » qui fait le plus peur … Sans la mère patrie qu’allons nous devenir ? Nous sommes bien ancrés et si le mouillage saute, nous serons ballotés à tous les vents : le chaos ! Fini la panoplie de bonbons de la Métropole : dotations, défiscalisation, ITR, etc.
b/ KANAK
Ce mot évoque l’ethnie mélanésienne et son univers culturel que beaucoup ignorent mais qu’ils respectent.
A l’inverse, il évoque aussi la non-blanchitude qui fait qu’un kanak est toujours inférieur au blanc
Avant de parler du troisième mot « le socialisme », essayons de voir la signification profonde que les partis indépendantistes donnent aux mots « indépendance kanak »
1) Cette indépendance kanak est lancée par les kanak eux-mêmes, eux les premières victimes de la domination coloniale française. C’est le peuple kanak qui doit mener ce combat pour retrouver sa liberté. Dans les années 1970 existait un pays, la Rhodésie, cette colonie anglaise devenue indépendante en 1965 par le fait des colons anglais (Ian SMITH) qui romptent les relations diplomatiques avec la Grande Bretagne et proclament unilatéralement l’indépendance. Cette indépendance que le pays colonisateur, la Grande Bretagne, et l’ONU n’ont jamais reconnu.
Cet exemple de la Rhodésie avec Ian SMITH met bien en exergue le fait qu’il revient aux kanak de revendiquer l’indépendance du pays. Au départ, l’initiative de l’indépendance kanak revient au peuple colonisé.
2) Cette indépendance kanak est précisée par les partis indépendantistes.
Voici ce que dit le secrétaire général de l’Union Calédonienne en 1979 au moment de la création du Front Indépendantiste (Interview des Nouvelles Calédoniennes de juillet 1979) : Voir note en annexe
Le PALIKA de son côté insiste sur le Nationalisme pour ne pas tomber dans une dérive raciste
Pour les partis indépendantistes (FI puis FLNKS), la société à mettre en place dans l’indépendance est celle où il n’y a plus de domination d’une classe sur l’ensemble du peuple, mais où il y a un réel partage des richesses
c/ Le troisième terme « Socialiste »
A la création du Front Indépendantiste (FI) en 1979, c’est le PALIKA qui a demandé à ses partenaires d’y intégrer le parti socialiste (calédonien). Le FI n’est pas un parti ethnique
Nous revendiquons une société de type socialiste par opposition à la société capitaliste.
Après le FI nous avons milité dans le FLNKS et notre idéal n’a pas changé.
Pourquoi alors, avoir quitté le FLNKS et créé la FCCI ?
Depuis les Accords de Matignon et le testament de Jean-Marie TJIBAOU : « Convaincre les autres que l’indépendance kanak est l’avenir du pays », beaucoup de réalisations témoignaient de l’avancée de ce « convaincre ».
A partir de 1995-96-97, se dessine une mentalité nouvelle, l’utilisation du peuple kanak et de ses coutumiers pour appuyer la revendication minière – ce qui se conçoit – mais qui va activer la dichotomie entre kanak indépendantistes et non kanak anti-indépendantistes. Dichotomie que va consacrer les Accords de Nouméa. Pour nous, c’est la mainmise de la SMSP sur les leaders politiques qui ne s’aperçoivent pas qu’ils sont manipulés. Les évènements ne nous donnent pas tort et nous constatons la dérive du mouvement indépendantiste dans ce sens des forces dominantes : le peuple ne risque-t-il pas, comme le Zaïre, d’être sacrifié sur l’autel des multinationales ?
Nous n’avons pas changé de fusil d’épaule, mais nous militons pour une souveraineté pour tous quelque soient les racines de chacun.
Annexe : Interview par les Nouvelles Calédoniennes de Pierre Declercq (Front Indépendantiste )– Juillet 1979
Le terme de « Kanak (es) » ne désigne pas une ethnie ni une race. L’objectif d’une société kanake signifie la construction d’un peuple multiracial solidaire et fraternel. Cela ne veut pas dire que la future société sera entièrement mélanésienne. Le droit à la différence sera respecté mais nous ferons en sorte que cela n’entraîne pas de rapport de domination d’une ethnie sur l’autre